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Des millions de jonquilles sur la route vers Oban


Direction Oban

Une belle journée, rendue rare par son soleil éblouissant. Anna, Sophie, Gordon et moi étions prêts à passer une excellente journée. Direction Oban, une petite ville de pêcheurs de la côte ouest de l’Écosse, porte d’entrée vers les Islands, l’une des quatre régions reconnues pour la production de whisky.

Jaune couleur printemps

Depuis une semaine, on les voit éclore en touffes, ici et là. Jour après jour, il y en a de plus en plus, partout où il y a de la terre. Ici, le printemps est vraiment accueilli avec des fleurs. La jonquille et le soleil ont cela en commun, un jaune frais et énergisant. À quoi pensons-nous à la vue d’une jonquille? Le printemps? Mais encore? La fleur emblématique de la lutte contre le cancer, c’est vrai. Pourquoi ont-ils choisi cette fleur, vous croyez? L’espoir, je dirais. L’espoir du temps doux, des jours meilleurs et ensoleillés. J’ai eu une pensée pour quelques personnes, quelque part entre Glasgow et Oban. Des jonquilles, il y en avait partout sur notre parcours. Chanceuse : voilà le sentiment qui décrivait le mieux mon état d’esprit à la vue de ces rangées de fleurs.

Loch Lomond et Ben Lomond

La route A82 est de toute beauté, quoique très sinueuse. Nous passons par le magnifique Loch Lomond et le longeons durant au moins une demi-heure. Ce loch est un lieu de villégiature où de nombreux touristes, britanniques et du monde entier, viennent passer leurs vacances. Ce qui rend l’endroit époustouflant et photogénique, ce sont les montagnes autour. De grandes montagnes avec de la neige aux sommets. Cette chaîne marque la fin des Highlands; les sommets de plus de 3000 pi sont appelés des Munros. Le plus haut se nomme Ben Lomond. En quittant le loch, nous entrons dans une vallée (glen) entourée de montagnes remplies de Highland cows, de moutons, de ruisseaux, de rivières à saumons et de jonquilles. J’en connais une couple qui aimeraient ce coin-là. Absolument magnifique et pittoresque.

Le refuge du voyageur s’appelle le Drover Inn

Quand on aperçoit la place, on croit rêver. L’impression d’être au Bates Motel, mais version antiquité. On s’arrête et on décide d’aller y jeter un coup d’œil. Dans le haut de la porte d’entrée, on voit un vieil écriteau où est inscrit « 1705 » — 310 ans, ce qui en fait l’un des plus vieux pubs-hôtels d’Écosse toujours en fonction. Impressionnant. En franchissant le seuil, on se retrouve entourés de dizaines d’animaux empaillés poussiéreux, l’accueil en plein milieu. À gauche, un pub de toute beauté, demeuré rustique. L’édifice compte 14 belles chambres et on y rapporte de nombreuses apparitions de fantômes. Un conte ancien relate la mort d’une famille pauvre, tous décédés un hiver avant d’atteindre le Drover Inn; selon l’histoire, c’est cette famille qui hante le Drover.

Rien de moins

Nous continuons notre chemin et passons sur le site de la célèbre bataille de Glen Orchy Bridge. Si je vous dis Rob Roy? Eh bien, c’est là qu’il a rencontré son Waterloo, en 1734. Ça fait toujours un peu drôle de frôler les pages d’histoire d’aussi près. Nous arrivons à l’orée d’une chapelle au bord du Loch Awe : la Saint Conan Kirk. Le choix des mots est difficile. Disons simplement que cette chapelle était parfaite, solidement érigée au bord du loch, dans ce lieu enchanteur. Si nous avions eu plus de temps, nous aurions pu nous rendre de l’autre côté du loch pour y voir les ruines du Kilchurn Castle. Croyant apercevoir un château à quelques kilomètres, nous passions en fait devant le Loch Awe Hotel, perché sur les rives du loch.

Une baie, les Islands, Oban

Oban est une très ancienne et pittoresque ville de la côte ouest de l’Écosse, bordée par l’océan Atlantique. Elle est reconnue et appréciée des touristes du monde entier. Parmi ses principaux attraits, il y a ses nombreux restaurants de fruits de mer frais que les pêcheurs ramènent tous les jours : crevettes, homard, moules, crabe, palourdes, morue et bien plus. La beauté d’Oban réside aussi dans l’architecture des maisons et commerces en pierre, aux couleurs vibrantes, qui bordent la baie. Une des principales vocations d’Oban, c’est d’être la porte d’entrée des Islands. D’énormes traversiers partent du port vers Tiree, Coll, Barra, Islay, Lismore et Mull. Il s’agit d’îles habitées à l’année, où la pêche et la culture sont le gagne-pain des insulaires. Bordées par le Gulf Stream, ces îles jouissent l’été d’une température clémente, presque méditerranéenne; mais l’hiver, les vents violents rendent la vie difficile aux habitants et ont souvent raison des habitations.

Il y a également quelques distilleries de whisky renommées. La région des Islands est l’une des quatre régions officielles où l’on produit du whisky. Chaque région, en raison de ses sols et de ses sources d’eau, produit un whisky au goût différent, particulièrement reconnaissable. Les quatre régions officielles sont les Islands, les Lowlands, les Highlands et le Speyside. Les distilleries les plus connues des Islands sont Arran, Scapa, Jura et Talisker.

La ville d’Oban est charmante. Nous avons marché sur ses plages et ramassé quelques coquillages; l’air salin mélangé à l’odeur iodée du varech séchant sur la grève me ramène directement dans le berceau de mon enfance, sur la Côte-Nord, à Baie-Comeau. Les yeux fermés, l’odeur de la mer et le cri des goélands, il n’en fallait pas plus. Paolo et son museau ne savaient plus sur quel pied danser. Sophie ramassait des cailloux et des coquillages, un sourire sur les lèvres, le soleil sur mon visage, une légère brise : le bonheur ne pouvait pas goûter meilleur. Anna et moi sommes par la suite allées déambuler dans les rues et avons visité quelques bons charity shops. Dernier arrêt : un chip shop. Un grand resto où les fruits de mer sont à l’honneur et les langoustines, délicieuses. À notre sortie, un groupe de musique klezmer animait et faisait danser la foule avec sa musique joyeuse. Si vous venez visiter l’Écosse, je vous amènerai à Oban, ça oui.

Le retour

La dopamine au plafond, la route du retour paraissait plus belle. Un souvenir que je ne laisserai jamais quitter ma mémoire. Sur le chemin, il y avait un ciel bleu, de grands lochs, un pub hanté, des montagnes enneigées, des Highland cows et des millions de jonquilles jaunes.

Je dédie ce texte à David Cherron, mon ami, décédé il y a deux jours après s’être battu quinze ans contre le cancer. Je t’envoie des millions de jonquilles.

       

sophie et Paolo

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Oban

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         Ile de Tiree                                                        Tiree

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